Après le débarquement, les hommes du Régiment de la Chaudière ont fraternisé avec les habitants de Bernières-sur-Mer. CRÉDIT : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA

Le 6 juin 1944, 150 000 soldats alliés débarquaient sur les plages de Normandie afin de libérer l’Europe du joug nazi, dont près de 900 membres du Régiment de la Chaudière. 75 ans plus tard, le régiment basé à Lévis commémore sa participation à cet événement historique. Deux de ses membres ont bien voulu partager au Journal la petite histoire des exploits de la seule unité canadienne-française ayant participé à la plus grande opération militaire amphibie de l’histoire.

Regroupant des francophones provenant du Québec et du Nouveau-Brunswick, le Régiment de la Chaudière a été transféré, en 1941, à la 8e brigade de la 3e division canadienne, un groupe réunissant environ 20 000 soldats basés en Angleterre pour défendre ce pays d’une invasion nazie.

C’est en 1943 que la série d’événements ayant mené l’unité à prendre part au débarquement de Normandie s’est amorcée. Lors de la conférence de Québec, les chefs d’état-major alliés déterminent que la 3e division canadienne fera partie du contingent allié qui réalisera l’opération. Dès lors, les membres du Régiment de la Chaudière se préparent activement pour cette mission.

«À l’échelle du Régiment de la Chaudière, dès 1943, toute la 3e division ne s’est entraînée que pour cette mission. Ce n’est pas évident de monter dans des barges, débarquer, se réorganiser sous le feu de l’ennemi. L’aspect physique était également très important. Entre autres, ils ont participé en Écosse à un entraînement commando», a expliqué Marcel Belleau, ancien colonel de l’unité et spécialiste de son histoire.

Une première marquante

Un an plus tard, après quelques reports provoqués par les mauvaises conditions climatiques, l’armée alliée composée d’unités françaises, canadiennes, britanniques et américaines débarque en Normandie. Si a posteriori ce sentiment peut paraître étrange pour les citoyens du 21e siècle, les soldats du Régiment de la Chaudière, tous des volontaires, avaient hâte de passer à l’action.

«Cela faisait pratiquement trois ans qu’ils s’entraînaient, dont la dernière année d’une manière intensive. Un ancien combattant m’a dit qu’ils étaient écœurés et qu’ils n’avaient hâte que d’y aller. Un autre ancien combattant m’a même déjà confié que l’entraînement était aussi difficile que la guerre, sinon plus dans certains cas. Il y a eu des pertes de vie lors de l’entraînement», a rappelé Éric Marmen, le directeur du musée du Régiment de la Chaudière.

Le 6 juin, l’unité débarque donc à Bernières-sur-Mer (Juno Beach), après le régiment torontois The Queen’s Own Rifles of Canada, afin de conquérir une batterie de canons et s’enfoncer dans les terres. L’opération n’est toutefois pas une sinécure puisque le Régiment de la Chaudière doit repousser une contre-attaque allemande dans la nuit du 6 au 7 juin. La 21e division blindée allemande voulait alors profiter d’une brèche entre les armées britannique et canadienne. Lors du débarquement, l’unité enregistre 105 pertes, soit 18 morts, 48 blessés et 38 prisonniers.

«C’est un événement marquant pour le Régiment de la Chaudière puisque c’était la première fois qu’il allait à la guerre, la première fois que des soldats voyaient des compagnons mourir sous leurs yeux. Le baptême du feu n’est pas évident au niveau psychologique», a souligné M. Belleau.

Malgré ces durs moments, le débarquement de Normandie a cependant permis aux soldats du Régiment de la Chaudière de vivre une expérience hors de l’ordinaire.

«Les soldats du régiment portaient, comme tous les soldats canadiens, des uniformes du modèle britannique. Les Français les ont pris pour des Anglais, mais ils ont eu une surprise lorsqu’ils ont entendu parler les soldats du Régiment de la Chaudière. Notre parler à cette époque ressemblait beaucoup au parler normand. Ils étaient donc surpris de pouvoir parler à des gens qui leur ressemblaient», a ajouté M. Belleau.

Un événement à ne pas oublier

En raison de l’importance de cette opération pour l’unité qui s’est aussi distinguée à d’autres moments de la campagne européenne, le Régiment de la Chaudière participe donc activement aux commémorations du 75e anniversaire du débarquement de Normandie.

Une délégation de l’unité est présentement dans ce coin de la France afin de participer aux célébrations commémoratives sur le parcours qu’avaient emprunté les libérateurs de différentes villes de France, dont Caen. Parallèlement, d’autres membres du régiment seront également présents lors des commémorations qui auront lieu au Cénotaphe de Beauceville le 6 juin prochain.

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