CRÉDIT : GILLES BOUTIN ET COURTOISIE - Il n’est pas si simple de trouver un logement abordable pour les familles à Lévis.

Malgré un taux d’inoccupation général frôlant le taux d’équilibre avec 3,4 %, certains secteurs de Lévis ne peuvent pas offrir de logements abordables pour de grandes familles ou pour les individus vivants seuls. La famille recomposée de cinq enfants de Mariane Fradet et Patrice Lévesque a eu tout un casse-tête à résoudre afin de trouver un logis pour leur grande famille.

À Lévis, le nombre de ménages locataires se chiffre à près de 19 000. Parmi ces quelque 19 000 ménages, 4 685 d’entre eux (25 %) consacrent plus de 30 % de leur revenu pour se loger. Pour les Fradet-Lévesque, le défi de se loger est de taille.

Lorsqu’ils sont arrivés à Lévis, ils habitaient un neuf et demi qu’ils payaient 1 300 $ par mois. Étant donné ce prix élevé, ils ont cherché un colocataire qui les aiderait à assumer ce montant, mais qui accepterait surtout de vivre avec une famille de sept personnes, ce qu’ils ont fini par trouver. Après quelques années, le colocataire parti et la plus vieille de la famille qui venait de quitter le nid familial, ils ont décidé de déménager dans un logement plus abordable dans le secteur  Lauzon. Malgré une visite qui s’était bien déroulée, la famille s’est retrouvée avec une histoire d’horreur entre les mains.

Problèmes d’égout et de tuyauteries nauséabondes, problèmes d’humidité et de moisissure, ainsi que des problèmes reliés à l’électricité les attendaient seulement quelques jours après le déménagement. Rien n’était sécuritaire pour les enfants. «Les enfants ont commencé à saigner du nez et ce n’était jamais arrivé par le passé!», raconte Mariane Fradet qui était à la recherche d’un emploi à ce moment. Les parents de la mère de famille ont donc supplié la famille de plier bagage et trouver un loyer au-dessus de leurs moyens en s’engageant à combler la somme que la famille ne pourrait payer, en attendant qu’elle se trouve un logement abordable.

Les Fradet-Lévesque ont alors déménagé dans le secteur Pintendre, dans de nouveaux condos locatifs, et se sont lancés à la recherche d’un grand foyer de qualité et abordable. Ils se sont butés à plusieurs embûches et se sont adaptés. «C’est peut-être comme ça un peu partout, mais à Lévis des gros logements, quand on parle de six et demi en montant, il n’y en a vraiment pas beaucoup. On a appris à s’adapter avec un peu plus petit (…), mais ce n’est pas le cas de toutes les familles», explique Patrice Lévesque.

De plus, le couple constate que plusieurs propriétaires de logements ne sont pas ouverts à accueillir une aussi grande famille dans les loyers qu’ils louent. «À qui peut-on bien louer ces cinq et demi si on n’accepte pas les familles dans ceux-ci?», se questionnent Mariane et Patrice.

Après s’être inscrite sur une liste d’attente, la famille a finalement reçu un coup de fil du GRT Nouvel habitat qui leur offrait une entrevue afin d’obtenir un cinq et demi dans une coopérative d’habitation dans le Vieux-Lévis. «On a déménagé trois fois en l’espace d’un an, on ne pouvait pas demander mieux que cet appartement (dans le Vieux-Lévis)», partage la mère de famille soulagée.

Une ville peu adaptée aux familles défavorisées

Bien que Lévis compte un grand nombre de jeunes familles sur son territoire, ces familles ont souvent un profil type, selon M. Lévesque. «Il y a quelque chose de vraiment bien pour les jeunes familles (à Lévis), mais en fonction des secteurs. Il y en a beaucoup pour les propriétaires de maison, mais quand on tombe dans le locatif, ça devient plus complexe», explique-t-il.

Pour Mme Fradet, ce sont les services de proximité et les espaces verts pour les jeunes familles qui sont mal répartis sur le territoire. «Ça m’a marqué. On habitait dans le secteur de la rue Champagnat avant et il y avait un parc aux 500 mètres, même si les résidents sont vieillissants et qu’il y a moins de jeunes familles dans ces quartiers. (…) On est arrivé dans un quartier un peu plus défavorisé de Lauzon, il n’y avait aucun parc», souligne-t-elle.

La Ville devra assumer ses responsabilités

Malgré qu’il ne soit pas partisan d’une loi obligeant les promoteurs de construction de logements locatifs à garder un ratio de logements coopératifs et sociaux lorsqu’ils construisent, Alain Marcoux, directeur du GRT Nouvel habitat, croit que la Ville devrait s’imposer. «Je pense que pour certains promoteurs, on pourrait leur envoyer un signal que c’est important pour la Ville (les logements coopératifs) et ils seront enclins à leur faire une place. Sauf que c’est nous (le GRT) qui devons faire les approches. Mais ça pourrait être intéressant que la Ville le partage à ces promoteurs», propose-t-il.

Selon lui, la Ville envoie des signaux encourageants avec l’adoption de sa politique de développement social et communautaire. Il est d’avis qu’une ville en santé doit s’adapter à tous les types de revenus afin d’offrir des logements à tous ses citoyens.

«Dans une ville, ça prend de tout pour la faire fonctionner. C’est sûr qu’il y a de super bons postes qui s’ouvrent et qu’on crée de l’emploi, mais les commerces de proximité ne sont pas qu’opérés par des étudiants. Avec des logements à 1 000$ par mois avec une famille, ça commence à être plus difficile», conclut-il.

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