La maison du 19e siècle située au 4610, route des Rivières, avant les travaux autorisés par erreur cet été par la Ville de Lévis. Photo : Capture d'écran - Ville de Lévis

Les élus municipaux de Lévis se sont réunis, le 19 septembre, pour une séance extraordinaire du conseil municipal. À cette occasion, les conseillers municipaux et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, ont entendu les arguments des parties impliquées dans l’appel de la décision du comité de démolition de Lévis, autorisant la demande de démolition sous conditions du 4610, route des Rivières, à Saint-Étienne-de-Lauzon.

Rappelons d’emblée que le 22 juin dernier, le comité de démolition a autorisé la demande de démolition du bâtiment construit au 19e siècle en raison «des nombreux signes de détérioration physique et de défauts structuraux» et de la conformité du projet de remplacement sur le site. 

Toutefois, la demande de démolition a été approuvée sous certaines conditions, notamment pour permettre le déménagement de l’édifice construit au 19e siècle. Le groupe a en effet accordé cette autorisation nécessaire pour permettre le démontage et remontage du bâtiment de «qualité patrimoniale supérieure», qui «mérite une meilleure valorisation sur une autre propriété que celle où elle se trouve actuellement».

Cette décision a cependant été portée en appel devant le conseil municipal par le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) et la Fédération histoire Québec, le 21 juillet. Le lendemain, par erreur, un certificat d’autorisation a été accordé au propriétaire par la Ville de Lévis. Ce dernier a entamé des travaux de démantèlement, dans la portion de la toiture et des chevrons. Le permis a été révoqué le 27 juillet et les travaux ont été arrêtés par un inspecteur de la municipalité, avec la collaboration du propriétaire. La propriété a ensuite été sécurisée selon les recommandations des pompiers de Lévis et du service des permis et inspection de la Ville.

Le propriétaire demande la démolition pure et simple

Dans un premier temps, c’est le propriétaire du site, Clément Roy, qui a pris la parole pour demander au conseil municipal de ne pas rejeter la décision du comité de démolition et même d’approuver une démolition sans condition. Il a alors notamment rappelé que la propriété était «un dépotoir» à son arrivée, qu’il a travaillé fort pour la nettoyer et qu’il a suivi toutes les procédures demandées pour pouvoir réaliser son projet de nouvelle construction sur le site.

«J’ai observé toutes les demandes (de la Ville) et fait toutes les démarches. Quand j’ai avisé mon assureur (de la suspension des travaux de démantèlement), il m’a indiqué qu’il ne pouvait plus m’assurer ou du moins que ma prime ne serait plus la même. Mon assureur ne veut plus que personne n’entre dans la maison parce qu’il dit que ça doit être démoli carrément, il n’y a plus rien à faire là-dedans, c’est dangereux. J’aimerais avoir un permis pour démolir carrément. Ça retardé mon projet de nouvelle maison», a affirmé M. Roy.

Pour supporter sa demande, le propriétaire du site a demandé à l’inspecteur en bâtiment à qui il a confié un mandat,  Alain Goulet de la firme Inspection AG – Ancestrale et générale, de prendre la parole devant le conseil municipal. Comme il l’avait conclu dans un premier rapport avant l’étude de la demande au comité de démolition, ce dernier a soutenu que les parties démantelées lors des travaux en juillet démontrent que la démolition du 4610, route des Rivières n’est que la seule solution viable.

«Partout, j’ai vu qu’il y avait des fourmis charpentières qui avaient attaqué le bâtiment. […] En septembre, j’ai constaté que le bois qui a été démantelé n’est même pas vendable. Tout est fini. On ne peut pas poser une planche qui a été mangée par des fourmis charpentières. La majorité (de la structure) est pourrie. Rien n’est conservable pour rebâtir ce bâtiment. Je ne vois pas qui va pouvoir le restaurer et qui va l’acheter. C’est trop délabré et il y a trop de pourriture», a analysé M. Goulet.

Pour conclure l’argumentaire du propriétaire, son avocate, Me Solveig Ménard-Castonguay, a également demandé au conseil de prendre en considération le fait que l’état du bâtiment s’est détérioré depuis les travaux autorisés pendant quelques jours par erreur par l’administration municipale, comme de l’eau a pu pénétrer dans l’édifice.

Protéger une pièce de l’histoire de Saint-Étienne

Les représentants du GIRAM présents à la séance extraordinaire, Gaston Cadrin et Pierre-Paul Sénéchal, ont demandé au conseil de refuser le permis de démolition. Comme le bâtiment situé au 4610, route des Rivières est l’un des plus anciens de Saint-Étienne, Gaston Cadrin a argué que cette maison devait rester sur son terrain d’origine pour conserver sa valeur patrimoniale.

Le vice-président du GIRAM a ensuite proposé au conseil qu’il exige de M. Roy «d’accoler une partie de maison plus moderne au bâtiment ancien et qu’il restaure la maison ancienne» ou qu’il vende l’ancienne maison avec la parcelle l’environnant et qu’il construise sa maison moderne sur une autre partie du terrain de quelque 87 000 mètres carrés. Toutefois, le secrétaire du comité de démolition, David Gagné, a indiqué à M. Cadrin que ces possibilités avaient été étudiées auparavant par l’instance et qu’elles ne respectaient pas les normes en vigueur.

Quant à lui, Pierre-Paul Sénéchal a estimé que l’état de la maison «n’était pas aussi catastrophique», selon son analyse des photos du bâtiment qui ont été présentées lors de la séance extraordinaire. Pour lui, la maison peut être restaurée et que cet exemple de la colonisation au 19e siècle le long de la rivière Beaurivage doit être protégé. Du même souffle, Pierre-Paul Sénéchal a de nouveau livré un plaidoyer pour que les administrations municipales prennent tous les moyens pour contrer les «démolitions par négligence».

Le conseil municipal rendra sa décision sur l’appel demandé lors de sa séance ordinaire du 11 octobre prochain. Notons finalement que la saga entourant la démolition du 4610, route des Rivières pourrait se transporter devant les tribunaux. La conjointe de M. Roy, Pauline Cloutier, a fait savoir lors de la séance extraordinaire que le couple envisage de poursuivre Gaston Cadrin. Elle reproche que ce dernier a laissé entendre lors d’une réunion du comité de démolition, le 25 mai, et lors de la réunion du conseil du 19 septembre que son mari «avait vandalisé la maison».

 

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