Gaston Cadrin (1re photo) et Michel Boutin (2e photo) ont présenté leurs arguments devant le conseil municipal.

L’adresse change, l’histoire se répète. À peine trois mois après la démolition de la maison Rodolphe-Audette, trois nouvelles demeures sont menacées de destruction à Lévis. Le sort des 51, 57 et 63 de la rue Saint-Gilbert sera scellé le 18 février par le conseil municipal qui rendra sa décision à l’appel déposé par deux citoyens engagés dans la protection du patrimoine.

Une séance extraordinaire du conseil municipal s’est tenue le 21 janvier à l’hôtel de ville afin de procéder à l’audition de l’appel de la décision prise par le comité de démolition autorisant la destruction des bâtiments situés au 51, 57 et 63 de la rue Saint-Gilbert. C’est lors de la séance publique du 11 octobre dernier que le comité avait rendu un avis favorable aux demandes présentées en 2016 par le promoteur Michel Boutin, également résident du numéro 57.

Cette décision autorisant la démolition a ensuite fait l’objet d’un appel déposé par Clément Locat, président du Comité patrimoine de la Fédération Histoire Québec, et Gaston Cadrin, vice-président environnement et patrimoine du Groupe d’initiative et de recherches appliquées au milieu (GIRAM). Tous deux ont été entendus lors de l’audition de l’appel ainsi que le promoteur Michel Boutin, accompagné de l’ingénieur Marcel LeBlanc et de l’architecte Pierre Martin. Plusieurs citoyens ont finalement pris la parole, ainsi que Pierre-Paul Sénéchal, président du GIRAM.

Une part de la culture

 «Lévis est un établissement ancien avec une longue occupation du territoire et possède donc de nombreux bâtiments anciens. C’est une richesse pour un milieu qui vient aussi avec des obligations. Le bâti ancien est l’élément le plus important de notre culture matérielle. Pour notre organisme, ça contribue à la valeur d’une société, au témoignage de notre culture et de notre histoire», a rappelé Clément Locat.

Si dans sa réflexion la Fédération Histoire Québec a considéré chaque bâtiment et veut mettre l’accent sur la protection du patrimoine, elle veut attirer l’attention sur le numéro 63 en raison de sa valeur patrimoniale. Caractéristique des maisons d’ouvrier et d’artisan, la bâtisse est en effet l’une des plus anciennes du secteur, «possède une très belle qualité architecturale et elle est incluse dans l’inventaire du patrimoine de la ville». L’atelier adjacent est par ailleurs unique sur le territoire.

«Posez-vous la question. Est-ce qu’il n’y aurait pas des promoteurs qui achètent des maisons et qui les laissent à l’abandon, qui arrêtent de les chauffer? Ça coule un peu, ils ne les réparent pas. Et ils veulent dans le fond les démolir. Le promoteur a acheté une maison en 2012, la petite rouge, la petite blanche en 2014. Est-ce qu’il a fait des travaux? Est-ce qu’il a été un propriétaire diligent? Est-ce qu’il a utilisé le principe de précaution pour conserver ces maisons? Pas sûr. Il n’a rien fait», s’est indigné Gaston Cadrin, tout en regrettant que l’absence d’occupation d’une maison pèse aussi fort, selon lui.

Pas d’alternative à la démolition

 S’appuyant sur son expérience de la restauration de la maison Gomin à Québec, «un bâtiment qui n’a pas de valeur, c’est difficile de dire qu’il en a», a répondu Michel Boutin à propos des trois maisons concernées par la demande de démolition. Le promoteur a estimé qu’il n’y a rien de nouveau au dossier puisque l’expertise réalisée à sa demande, puis la contre-expertise faite à la demande de la Ville, sont arrivées aux mêmes conclusions.

Le numéro 51 présente ainsi des problèmes de structure et se trouve très endommagé par des infiltrations d’eau ainsi que des moisissures. Des constatations rappelées par Marcel LeBlanc pendant la séance qui estime qu’aucun élément n’est récupérable à cause de la contamination fongique importante. Quant au 63, l’ingénieur a expliqué que les fondations sont instables et la structure en bois abimée. Il n’y a donc pour lui pas d’alternative à la démolition. Ce sont d’ailleurs sur ces observations que s’était basé le comité pour justifier sa décision.

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