Après 23 ans de travail au sein de Diffusion culturelle de Lévis, Diane Blanchette (à gauche) tire sa révérence. CRÉDIT : GILLES BOUTIN - ARCHIVES

Pendant ses 23 années à Diffusion culturelle de Lévis, dont 12 à la direction de l’organisme, Diane Blanchette s’est dédiée corps et âme à créer des rencontres uniques entre les artistes et les publics avec passion, audace et une immense conviction dans les bienfaits des arts vivants.

«J’ai l’impression que je suis née dans une salle de spectacle», lance Diane Blanchette, qui quittera ses fonctions à la direction de Diffusion culturelle de Lévis (DCL) à l’arrivée de son successeur, Jacques Leblanc, le 12 juillet officiellement.

«Je suis née professionnellement dans une salle de spectacle. Ça forge quelqu’un», partage-t-elle. Nommée coordonnatrice aux arts de la scène en 1998, Diane Blanchette devient directrice générale et artistique de DCL en 2009.

Femme de théâtre, elle fait ses premiers pas sur scène après l’obtention de son diplôme au Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1978 et évolue pendant plusieurs années en tant que comédienne, animatrice, recherchiste et réalisatrice radio.

En plein mois de juillet, alors que Diane Blanchette travaille à la réalisation de l’émission estivale de découvertes musicales De Limoilou à Tombouctou sur les ondes de Radio-Canada, L’Anglicane affiche le poste de coordonnateur aux arts de la scène.

«C’est une de mes salles de prédilection dans la région. Et là, je me suis dit : ‘’C’est pour moi ça. C’est vraiment pour moi.’’ Un, j’adorais la salle. Deux, je continuais à faire de la diffusion culturelle et musicale. Trois, je me retrouvais dans une salle de spectacle.»

Si aujourd’hui, Diane Blanchette se sent prête à passer à une autre étape de sa vie, elle aura tout donné à sa carrière, un choix délibéré qu’elle ne regrette en rien. «J’aurai profondément aimé ce que j’ai fait, le travail que j’ai eu à faire pendant ces 23 années dont 12 à la direction. J’ai été sur mon X en diffusion», confie-t-elle.

Ce départ à la retraite représente pour la directrice un changement de vie. «Je me suis identifiée à mon métier depuis toujours. J’ai une formation d’actrice. Et, les artistes ont tendance à confondre le métier et la vie, leur personnalité professionnelle et leur personnalité en tant qu’être humain. Depuis toute petite professionnellement, je ne me suis identifiée que par le travail.»

Fruit d’un «long processus», ce changement de vie est toutefois voulu, mûri, souhaité et maintenant assumé, dit-elle. «J’aurai passé ma vie, plus que si j’avais joué sur les planches, à sensibiliser le monde, ma communauté, des proches au bonheur des arts vivants, expositions et spectacles.»

Des publics si chers à son cœur

 «Le rôle de diffuseur, je le trouve extraordinaire, parce que c’est un rôle de médiation entre le public et les artistes. Ce rôle, qui est d’inviter les gens à se laisser charmer, guider, soigner par les arts, c’est presque un rôle thérapeutique.»

D’ailleurs, la directrice reconnaît avoir hâte de voir ce qui arrivera après la pandémie. «Je ne pourrai pas le constater de l’intérieur, je vais le voir de l’extérieur. Je souhaite que le plus de gens possible, particulièrement la population lévisienne, viennent voir des spectacles. Mon dada, depuis le début, c’est le développement des publics. Ça l’est toujours et il y a encore beaucoup à faire.»

Pour les arts de la scène, il n’y aurait en effet que 25 % de la population qui va voir des spectacles, dont beaucoup seulement en festivals. «Les arts vivants ne peuvent pas vivre sans public pour y assister, pour les voir. C’est pour ça que ça a été si important pour moi. Je suis convaincue des bienfaits des arts vivants individuellement et collectivement sur notre ouverture au monde, sur notre développement personnel, collectif et sociétal.»

De l’audace et de grands succès

Pendant son mandat à la tête de l’organisme, DCL a connu une augmentation de ses revenus autonomes, du nombre d’événements et de rencontres par année ainsi que de la quantité d’artistes renommés présentés aux publics lévisiens, tant en arts de la scène qu’en arts visuels.

«Avant moi, il n’y avait pas beaucoup d’artistes ou peu d’artistes renommés, de grande notoriété, qui venaient à L’Anglicane sous prétexte que la salle était trop petite et qu’on n’avait pas les moyens de payer les cachets.»

Diane Blanchette choisit alors d’aligner le prix des billets sur le montant des cachets. «J’ai fait le pari que les gens allaient dire : ‘’Oui je veux aller voir cet artiste à L’Anglicane, parce que c’est une salle fabuleuse, parce que l’enceinte va favoriser une prestation extraordinaire’’. Et, ce pari a été tenu.»

C’est ainsi que la directrice et son équipe ont eu à cœur de proposer au fil des saisons une programmation jonglant habilement avec l’équilibre, entre audace et propositions pour le grand public, entre les disciplines artistiques et les genres, afin d’accueillir les vedettes autant que des artistes à découvrir se démarquant par leur talent.

Autre fierté, qu’elle affirme beaucoup devoir à l’équipe de DCL, c’est le développement fulgurant de la programmation scolaire en arts de la scène. Existant avant son arrivée à la direction, ce volet destiné aux élèves avait commencé à se développer dès 2003, à l’ouverture de la nouvelle Anglicane.

«Avant, c’était très difficile d’accueillir des spectacles en théâtre, alors que la force québécoise en spectacle jeune public, c’est le théâtre. Le Québec a développé une expertise créatrice, explique Diane Blanchette. Maintenant, c’est 45 % de nos représentations qui sont pour le jeune public, même s’il n’y a que trois représentations familiales par année. C’est la partie cachée de l’iceberg.»

S’abandonner à la beauté

Désormais, c’est pour son seul plaisir personnel que Diane Blanchette s’apprête à savourer depuis son fauteuil. Le puisant jusqu’à maintenant dans la réaction des gens, les applaudissements, les sourires observés du haut de l’escalier, son point de vue «pour voir les gens sortir et les saluer», elle le laissera ressurgir devant la virtuosité exceptionnelle des artistes, dans ces moments où l’émotion est à son comble, «tellement il se passe quelque chose entre l’artiste et la salle. Là, je vais en oublier mon rôle de médiatrice pour m’abandonner à cette beauté ou aux émotions».

Au sortir de son riche parcours, elle entend «être». «Être au lieu de faire. Je vais m’y consacrer entièrement. Quand je serai prête à faire à nouveau. Si je ne suis pas trop vieille, car ça va peut-être me prendre jusqu’à la fin de ma vie pour apprendre ça.»

Se remettre en marche. Apprendre à se définir par qui elle est et non pas par ce qu’elle fait, dit-elle. «Je ne veux pas dire que ça va être tout un travail, car je ne veux surtout pas parler de travail. Ça va être tout un apprentissage. C’est comme une renaissance.»

Les honneurs de ses pairs

Malgré les bouleversements et les annulations causés par la pandémie, Diane Blanchette termine sur une belle note, sans frustrations ni regrets. «La dernière année, j’en ai fait mon deuil, je n’y peux rien, nous n’y pouvons rien. Ça nous est tombé dessus. Je ne peux rien contre.»

«J’ai l’énorme privilège que l’année 2019 ait été extraordinaire, une année de records à beaucoup d’égards pour Diffusion culturelle de Lévis. J’ai été honorée par RIDEAU [NDLR : l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles lui a remis le prix Reconnaissance 2020]. Je suis gâtée par la vie! C’est wow! Et c’est là dessus que je termine. C’est une reconnaissance nationale. Cet hommage, qu’on peut rendre aux personnes sortantes, je l’ai eu. Je n’ai rien à pleurer, à regretter. Au contraire! Je me trouve chanceuse.»

Fière des réalisations des onze dernières années, Diane Blanchette quitte l’organisme phare «avec le sentiment d’avoir contribué au développement culturel régional et convaincue que DCL continuera à grandir sous la gouverne de Jacques (Leblanc)».

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