Côte du Passage à Lévis, rue où le bureau du Travailleur de Lévis était situé. Photo : Courtoisie

La numérisation des archives historiques permet de redonner vie à des publications partiellement oubliées. C’est le cas du journal ouvrier Le Travailleur de Lévis qu’il est maintenant possible de consulter en ligne, le sortant ainsi des limbes de l’histoire et lui donnant par le fait même une deuxième vie.

Par Claude Genest – Collaboration spéciale

Le 19 février 1890 paraît à Lévis un nouveau journal au nom intriguant, soit Le Travailleur de Lévis. Il fait partie des nombreuses feuilles souvent éphémères qui ont ponctué l’histoire de la presse écrite du 19e siècle à Lévis. Une compilation réalisée par l’historien Yves Hébert et publiée dans La Seigneurie de Lauzon en 2012 (Brève histoire de la presse régionale à Lévis) a établi à 41 le nombre de journaux qui sont nés à Lévis entre 1850 et 1930, et Le Travailleur de Lévis en fait partie.

Propriété de Félix Pichette, le journal paraît d’abord le mercredi et aspire à devenir un quotidien, ce qu’il tente en juin 1890 pendant quelques jours avant de redevenir un hebdomadaire qui paraît le samedi à partir du 13 septembre 1890. Son contenu est bien présenté, varié et il se présente comme étant «tout à fait indépendant», mais, dans les faits, il est résolument libéral au niveau politique appuyant Wilfrid Laurier à Ottawa, Honoré Mercier à Québec et William Ewart Gladstone en Angleterre. Outre sa ligne partisane, il est périlleux de dégager une influence profonde sur le développement de Lévis à cause de la brièveté de son existence, car il ferme ses portes dès 1892.

Il appert toutefois que cet hebdomadaire a popularisé un élément important de l’identité de Lévis, soit l’appellation de Lévisiens et de Lévisiennes. Le samedi 27 juin 1891 est publié un article non signé qui s’intitule Causerie Lévisienne. Texte dithyrambique s’il en est un, l’auteur déclare d’entrée de jeu qu’il «aime Lévis» et qu’il veut le dire «sans restriction». Texte poétique aussi, l’auteur anonyme y consacre un passage aux «lectrices», dont il laisse un souvenir sous forme d’un poème. Au terme de son texte dédié à la «femme sociale de Lévis», il ajoute la phrase suivante. «Nous connaissons les Danoises, les Italiennes, les Espagnoles, les Anglaises, les Vénitiennes, les Montréalaises, les Québécoises, les Françaises; pourquoi n’aimerions-nous pas les Lévisiennes?»

La question est posée et les «Lévisiennes» réagissent rapidement. En effet, on apprend dans l’édition suivante du 4 juillet 1891 que plusieurs lectrices ont envoyé des lettres afin de féliciter la feuille «d’avoir trouvé un substantif pour qualifier ceux qui vivent à Lévis». Comme souligne le journal, «nous disons bien Parisien pour les gens de Paris, pourquoi ne dirions-nous pas Lévisiens ou Lévisiennes pour les gens qui vivent à Lévis?». Plus encore, le rédacteur du Travailleur encourage le lectorat du journal de «populariser» le nom «harmonieux de Lévisiens». Le journal met l’épaule à la roue dès le numéro suivant du 11 juillet avec un autre article qui porte le titre «Aux touristes lévisiens et lévisiennes», popularisant ainsi sa propre idée. 

Le Travailleur de Lévis a-t-il raison dans sa prétention d’être à l’origine de Lévisiens et Lévisiennes? Si non, que la personne qui pense le contraire se lève, avec preuve historique à l’appui bien sûr, car les historiens et historiennes le savent, l’histoire n’est jamais définitive.

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