Serge Bonin estime notamment qu'il est «oublié» par les autres membres du conseil, tous des élus de LF10, derrière les portes closes. Photo : Gilles Boutin

Un an après son élection sous les couleurs de Repensons Lévis (RL), le conseiller municipal du district Saint-Étienne et seul représentant de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Lévis, Serge Bonin, a fait une sortie, le 23 novembre, contre le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, et son parti qui détient le pouvoir au conseil municipal, Lévis Force 10 (LF10). Affirmant que «sa patience a atteint ses limites», Serge Bonin a alors déploré le «manque de collaboration politique» de LF10 en son endroit, une situation qui «nuit aux citoyens».

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«C’est la première fois depuis 2008 qu’il y a une opposition à l’Hôtel de Ville de Lévis. Depuis mon arrivée, on parle de m’inclure, de faire partie du groupe et qu’une fois élus, il n’y a pas de politique et que les membres du conseil travaillent en collégialité. Ici, on ne parle même pas d’opposition, mais plutôt de conseiller désigné. […] À plusieurs reprises, j’ai tendu la main à mes collègues de l’autre équipe. On me la renvoie en public, mais derrière les portes closes, on m’oublie. On a toujours voulu travailler en collégialité et lorsqu’on s’oppose, c’est toujours basé sur des faits et en offrant des pistes de solution concrètes. Ce désir de collégialité ne me semble pas réciproque», a d’emblée déploré M. Bonin, lors d’une conférence de presse dans la salle du conseil municipal de Lévis.

Dans un premier temps, le conseiller municipal du district Saint-Étienne a déploré qu’il ne reçoive aucune confirmation écrite lorsqu’il dépose des suggestions, pose des questions ou demande des suivis dans des dossiers. Lors du point de presse, Serge Bonin a affirmé que les quelques suivis à ses demandes effectués par les conseillers élus sous la bannière de LF10 et le maire qu’il a pu obtenir n’étaient effectués que verbalement.

De plus, il a partagé qu’il lui était arrivé d’apprendre que des décisions avaient été prises par les autres élus lors d’une réunion où il n’avait pas été invité (NDLR : 15 des 16 sièges du conseil municipal sont occupés par des membres de LF10) au détour de conversations avec ses collègues. Le tout lui fait craindre que cette façon de faire puisse découler d’une commande politique de la part de ses adversaires.

«Pour moi, ce sont bien des décisions politiques et il semble y avoir une ligne directrice. Ils sont gentils avec moi, ils m’écoutent, ils me parlent un peu et ils me donnent quelques informations. Mais jamais ils ne vont m’écrire pour me confirmer quelque chose. […] Au cours de la dernière année, j’ai écrit plusieurs courriels au maire sur divers sujets. J’ai envoyé des relances, des rappels. Tous mes courriels sont restés sans réponses écrites ou accusés de réception. En comité plénier, j’ai posé entre 250 et 300 questions au cours de la dernière année. On n’a pas obtenu souvent les réponses qu’on pense avoir le droit d’obtenir.  Il y a rarement un suivi et il faut souvent insister pour les avoir», a renchéri M. Bonin.

Une demande frustrante

Réfutant qu’il ait effectué sa sortie en raison de l’élection partielle à venir dans le district Christ-Roi, le seul représentant de RL au conseil municipal a soutenu que c’est l’adoption à venir du prochain budget municipal qui a été la goutte qui a fait déborder le vase. 

Comme il l’avait fait l’an dernier en votant contre l’adoption du budget, Serge Bonin a une nouvelle fois déploré qu’il n’ait pas accès aux documents qui permettent à LF10 de réaliser l’exercice, dans un délai raisonnable pour les analyser. L’élu de RL a soutenu, lors de sa conférence de presse, qu’il a récemment effectué une demande d’accès à l’information pour possiblement obtenir le tableau de la dernière révision du programme triennal d’immobilisations (PTI) 2022, le plan chiffré de gestion de la dette à long terme, le rapport le plus récent sur l’état des infrastructures, le rapport le plus récent sur la flotte de véhicules de la Ville ainsi que le résumé des demandes des directions de la municipalité en vue de l’élaboration du prochain budget.

«Pour moi, ce sont des éléments importants que je dois connaître pour comprendre les choix budgétaires et pour les questionner. Je ne devrais pas à avoir à utiliser la Loi sur l’accès à l’information parce cela concerne le budget, une décision que nous allons prendre lors d’une séance à venir du conseil municipal. Normalement, ces documents devraient m’être transmis d’office. Je viens même à me demander s’ils existent. S’ils n’existent pas, c’est irresponsable et s’ils existent, cela me semble irresponsable de ne pas les donner à tous les membres du conseil», a critiqué M. Bonin.

Transparence, ouverture et écoute demandées

«Demeurant positif et optimiste», Serge Bonin espère que sa sortie incitera l’équipe du maire à renverser la vapeur pour lui permettre de «jouer convenablement son rôle d’élu de l’opposition». Pour ce faire, le conseiller du district Saint-Étienne veut des réponses écrites et dans un délai raisonnable à toutes ses demandes, à «obtenir les documents dont nous avons besoin et auxquels nous avons droit selon la loi afin d’engager ma responsabilité dans la prise de décision au conseil de ville» et que la Ville de Lévis soit plus «transparente, ouverte, flexible, à l’écoute des citoyens et en concertation avec tous les employés et les membres du conseil» dans la prise de propositions et de décisions.

L’élu de RL invite ses adversaires à s’inspirer des pratiques adoptées dans les Villes de Gatineau, Longueuil, Québec et Sherbrooke, dans lesquelles la population ainsi que les élus de l’opposition sont davantage consultés et impliqués dans les décisions selon Serge Bonin.

«Ce n’est pas une question de mauvaise gestion, mais dans les façons de faire du conseil municipal de Lévis, on peut faire mieux. Cela fait longtemps que le maire n’a pas vécu avec l’opposition et je l’invite à se rappeler ses déclarations du temps où lui même était dans l’opposition (NDRL : après les fusions municipales en 2002). Il avait des bonnes idées, notamment sur la liberté des membres au conseil et la décentralisation. [...] Je prends juste un exemple. Dans les dernières semaines, il a déjà annoncé des projets inscrits au prochain PTI, mais ce dernier n’a pas été adopté par le conseil. Donc, le respect de l’institution démocratique qu’est le conseil pour approuver les choses n’est pas là. Le réflexe de décider entre nous au coin de la table, alors qu’on est dans une ville de 156 000 habitants où il y a maintenant une opposition, doit être reconsidéré. Il faut prendre en compte cette nouvelle réalité», a argué M. Bonin.

Pour conclure son point de presse, le conseiller de Saint-Étienne a partagé son désir de voir les citoyens du district Christ-Roi élire un membre de son parti comme représentant en février prochain. Selon Serge Bonin, ce possible choix permettrait que les propositions de sa formation politique d’être «au moins débattues» lors des séances du conseil, comme deux élus de RL pourraient déposer et appuyer une proposition contrairement à la situation actuelle avec un seul élu à la table du conseil.

 

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