Phara Thibault a créé la pièce Chokola. CRÉDIT : BEATRICE OUIMET

À la fin de sa première année de cégep, Phara Thibault a rédigé un texte qui a été salué par ses pairs. Lauréate du concours d’écriture dramatique Égrégore, Chokola, la première pièce de la jeune Lévisienne de 20 ans, doit déjà être jouée dans des festivals et théâtres.

Par Josyanne Prescott

Phara Thibault est d’origine haïtienne. Elle a été adoptée à l’âge de trois ans par une famille lévisienne. Depuis, elle a grandi à Lévis et vit maintenant à Saint-Hyacinthe où elle termine sa deuxième année d’interprétation à l’école de théâtre. Elle rêve d’être comédienne, mais à la fois autrice et metteure en scène. Chokola est la première pièce qu’a écrite la jeune écrivaine.

Inspiration et réalisation

Lors de la vague Black Lives Matter, elle a participé à la première manifestation à Montréal et en est ressortie complètement inspirée. Un premier poème de cinq pages a été rédigé sous une pulsion d’écrire.

À la suite de quoi, elle a écrit des poèmes sur les combats et les enjeux reliés à la couleur de peau. Tout ce qu’elle a accumulé pendant des années, les discriminations qu’elle a refoulées parce qu’elle n’avait pas les mots. Ayant été élevée dans une famille blanche et dans un milieu blanc, on ne lui a pas appris ce qu’était la discrimination et le racisme.

«Ils ont eu des comportements racistes envers moi, même s’ils m’aimaient, même si c’était inconscient. C’est ça que je veux montrer dans ma pièce que même si tu aimes quelqu’un, tu peux être raciste, tu peux être homophobe, tu peux être grossophobe. C’est la société qui nous construit comme ça, donc on a des biais dont il faut apprendre à se défaire», confie-t-elle.

C’est en novembre dernier qu’elle a eu une révélation. En lisant une pièce de théâtre, une phrase l’a particulièrement inspirée : je cherche ma mère. C’est à cet instant que «la phrase a tout déclenché. Je l’ai écrit en deux jours, c’était vraiment une pulsion, tout était écrit dans ma tête», affirme-t-elle.

Chokola

Le titre de l’œuvre signifie chocolat en créole. Le titre lui a été inspiré par une situation vécue pendant son enfance. Lorsqu’elle était petite, sa mère lui disait qu’elle était tombée dans une marmite de chocolat pour lui expliquer qu’elle était noire. Pour la petite Phara, la métaphore était synonyme d’accident. Elle se souvient de s’être dit : «Voyons pourquoi je suis tombée, est-ce que je peux enlever ce chocolat-là de sur moi?». Ne provenant pas d’une mauvaise intention, la métaphore est tout de même restée dans son imaginaire et en a inspiré le récit.

L’œuvre parle de la quête des racines. La pièce parle d’elle-même, une fille adoptée qui cherche à retrouver sa mère biologique, de retrouver d’où elle vient. Puisqu’elle ne se reconnaît dans personne à cause de sa couleur de peau, elle pense que c’est sa mère qui va lui apporter toutes les réponses. Chokola est un monologue autobiographique.

Concours d’écriture dramatique

Phara a déposé sa pièce au concours d’écriture dramatique Égrégore où elle en est ressortie grande gagnante. Le prix était composé d’un accompagnement de l’autrice Marie-Ève Milot du centre des auteurs dramatiques.

Ensuite, la pièce a été jouée par des acteurs professionnels au Festival du jamais lu dans le cadre de l’Intercollégial de théâtre, le 14 avril dernier. Le Festival du jamais lu est l’un des plus gros festivals de théâtre à Montréal. Chokola y sera rejouée à la 20e édition en août prochain.

«C’était difficile pour moi de voir quelqu’un incarner mon propre rôle, mais c’était super touchant. Ça m’a appris, comme autrice, à abandonner un texte, à l’enfanter et le laisser vivre», a témoigné Phara, en ajoutant qu’elle hâte de jouer le personnage principal de Chokola pour que sa pièce soit comme elle l’imagine.

Un avenir prometteur

D’ailleurs, Chokola sera aussi ajouté à la programmation d’un théâtre de Montréal, où Phara y jouera son propre rôle. Des théâtres francophones de Vancouver et d’Ottawa l’ont aussi approché afin de jouer sa pièce.

De plus, une maison d’édition s’est intéressée à commercialiser son œuvre. On peut donc retrouver sa pièce en librairie depuis le 28 avril. Également, on pourra suivre la Lévisienne au petit écran puisqu’elle prendra bientôt part aux tournages d’une série télévisée québécoise.

Cependant, elle veut continuer à écrire et jouer au théâtre, sa grande passion depuis qu’elle a obtenu un rôle dans la pièce de son école primaire en sixième année. Bien qu’elle aime les caméras, elle a besoin du contact avec le public et veut continuer de performer sur scène. Elle a déjà des projets d’écriture en tête et elle aimerait même prendre part à des collectifs avec d’autres écrivaines.

«Je vais toujours mettre de l’avant mes combats féministes et mes combats pour la diversité qui me tiennent à cœur et me collent littéralement à la peau», conclut-elle.

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