CRÉDIT : GILLES BOUTIN

L’Hôtel-Dieu de Lévis a réagi au texte d’une pétition qui dénonce la manière qu’a l’établissement d’appliquer les directives du ministère de la Santé au sein du service mère-enfant pour lutter contre les risques de transmission de la COVID-19 ainsi qu’aux propos tenus par la porte-parole du Regroupement Naissance-Renaissance, Sophie Mederi, qui est à l’origine de cette initiative.

«J’ai regardé cette pétition avec ma direction. Je prenais ça quand même au sérieux. Mais ce qui me dérange, c’est que la personne qui a parti la pétition dise : ‘‘Qu’est-ce que vous faites avec les 1 419 signatures (en date du 14 septembre)?’’ Je me demande si ce sont 1 419 femmes qui sont venues accoucher à l’Hôtel-Dieu de Lévis», s’interroge le chef de programme unité mère-enfant, pédiatrie, néonatalogie à l’Hôtel-Dieu de Lévis depuis décembre 2018, Pascal Briault, qui rappelle que l’an passé plus de 2 000 accouchements se sont déroulés à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

«Si ce ne sont pas 1 400 personnes qui sont venues accoucher chez nous, elles ne savent pas nécessairement non plus ce qui se passe à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Comment je peux répondre à ces personnes si elles n’ont pas vécu le service à l’unité mère-enfant.»

Le gestionnaire s’est dit «choqué» par le terme «violences obstétricales», qu’il associe à une parole ou un contact physique, «une violence, ça peut être un discours, des termes utilisés, prendre un bras trop serré, et ça peut escalader». Un terme qui avait été utilisé par la responsable de projet et des communications du Regroupement Naissance-Renaissance, Sophie Mederi. C’est après avoir reçu les témoignages de six femmes, par l’intermédiaire de l’une d’elles, ayant toutes accouché à l’Hôtel-Dieu de Lévis pendant la pandémie, que l’intervenante avait initié la pétition Pour le respect des droits des femmes et des personnes qui accouchent à Lévis.

Selon l’Office québécois de la langue française, les «violences obstétricales » se définissent comme un «acte ou comportement du personnel médical envers une femme durant sa grossesse, l’accouchement ou la période postnatale, qui n’est pas justifié médicalement ou qui survient sans son consentement, et qui porte atteinte à sa dignité ou à son intégrité physique ou psychologique». 

«Je n’ai jamais eu cette notion ou je n’ai jamais eu vent de cette problématique ou je n’ai jamais eu d’éléments qui démontraient qu’il y ait eu de la violence obstétricale au niveau de mes équipes. Au contraire, mes équipes sont très attentionnées au niveau de leurs patientes. Je les vois. Je passe au moins 50 à 55 heures sur mes unités», fait savoir Pascal Briault.

«Je n’ai jamais eu de plainte officielle reliée à ça, je n’ai jamais eu vent de violences obstétricales dans les sondages, a-t-il poursuivi. On sonde notre clientèle avant le départ et on récolte tous les éléments qui sont nommés avant le départ. Si ça avait été le cas, que j’avais eu ces éléments-là, c’est sûr que j’aurais fait mon bout de chemin en tant que gestionnaire. Ce sont ces éléments que j’ai besoin de savoir pour amener des changements, faire une enquête et prendre des mesures pour ne pas que ça réarrive.»

Si des patientes sont déjà venues voir Pascal Briault à son bureau, c’était «pour des ajustements qui ont été faits». «Mais jamais je n’ai eu de patientes qui sont venues me voir directement dans mon bureau, parce que ma porte est toujours ouverte, par rapport à un élément de violence obstétricale de quelconque manière.»

Concernant la question du peau à peau, il n’est effectivement pas possible au niveau du bloc opératoire. «Nous devons prendre des décisions pour la sécurité, très importante pour nous, de la clientèle et de nos équipes. Il y a eu une décision de prise de prendre la table de réanimation qu’on utilise dans la salle de réveil pour l’amener dans la salle d’opération où on fait les césariennes d’urgence. Pour la simple et bonne raison qu’elle est beaucoup plus utilisée dans la salle d’urgence», explique le chef de programme unité mère-enfant, pédiatrie, néonatalogie à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

«Le peau à peau à l’unité mère-enfant n’a jamais cessé, c’est toujours aussi prôné au niveau des infirmières et elles sont très au courant des bienfaits du peau à peau pour l’enfant et pour la mère. J’ai vu régulièrement que le père était en peau à peau avec l’enfant dans la chambre et que, quand la mère revenait, elle faisait du peau à peau dans la chambre.»

Finalement, le gestionnaire est revenu sur la question de la présence de la sage-femme lors d’un transfert, c’est-à-dire quand la maman est transférée à l’Hôtel-Dieu au lieu d’accoucher à la maison de naissance, par exemple.

«Lorsque la responsabilité clinique est transférée au gynécologue pour une raison quelconque, épidurale, gestion de la douleur, la sage-femme ne reste pas au chevet pendant la pandémie, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas de deuxième accompagnante», a indiqué Pascal Briault, précisant qu’il est «rare que la sage-femme reste pendant le reste du travail et jusqu’à l’accouchement» lors des transferts.

«Je comprends très bien que la patiente ne s’est pas sentie bien de ce côté-là, mais c’était des consignes ministérielles pendant la pandémie », rappelle-t-il. Interrogé sur la juste façon de qualifier cette situation exceptionnelle, Pascal Briault a répondu que le bon terme est «ajustement et adaptation des consignes ministérielles». «Pendant la pandémie, on a eu à faire avec des consignes ministérielles qu’il fallait mettre en place et respecter. Ça avait un impact au niveau des patientes. On le savait très bien. On travaille avec elles, on parle avec elles et on essaie de trouver des justes milieux.»

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