«À une époque où la population s'attend à une transparence complète de la part des administrations publiques, les journaux jouent un rôle de premier plan. Les avis publics des municipalités font partie des outils à la disposition des citoyens pour savoir comment sont gérés leurs taxes et impôts. Tout ce qui rend les avis publics moins faciles à consulter est une entrave à la transparence et à la démocratie. Les parlementaires doivent retirer les articles 51 et 90 du projet de loi 122», a déclaré dans un communiqué de la Coalition le président de Groupe Capitales Médias et co-porte-parole du regroupement, Claude Gagnon.
Le directeur du Devoir et co-porte-parole de la Coalition, Brian Myles, s'est déclaré étonné de l'intention du gouvernement de retirer cette source de revenus essentielle pour les journaux du Québec.
«Les municipalités du Québec dépensent plus de 18 G$ par année si on additionne leurs budgets. Les avis publics représentent un coût d'environ 10 M$ pour celles-ci, donc environ 0,05 % des dépenses des municipalités. Dans le contexte actuel des médias, il serait irresponsable de mettre en péril la survie de certains journaux pour une somme aussi peu significative pour les municipalités, mais essentielle pour la survie de nos journaux. Par ailleurs, nous estimons qu'au moins une centaine d'emplois de qualité seront perdus si le gouvernement met en application cette portion du projet de loi 122», a ajouté M. Myles.
Benoit Chartier, le président d'Hebdos Québec, qui regroupe 31 hebdos indépendants, a tenu à rappeler que de nombreuses publications ont fermé leurs portes et que celles en existence ont réduit les effectifs de leurs salles de rédaction suite à la baisse des recettes publicitaires et face à l'emprise des géants américains dans le domaine de la publicité numérique. «Le droit du public à l'information est carrément menacé par ce projet de loi et il s'agit du pire moment pour nous retirer une source de revenus essentielle», a indiqué M. Chartier.
La Coalition pour la pérennité de la presse d'information au Québec est formée du journal Le Devoir, du Groupe Capitales Médias, d'Hebdos Québec, de la Quebec Community Newspapers Association (QCNA) et de TC Transcontinental. Elle regroupe 178 journaux qui informent chaque semaine 6,5 M de Québécois, soit plus de 80 % de la population.
Inquiétude partagée
Par voie de communiqué, la Fédération nationale des communications–CSN (FNC-CSN) a partagé aujourd'hui l'inquiétude de la Coalition pour la pérennité de la presse d'information au Québec liée à l'adoption du projet de loi 122 qui abolirait la publication obligatoire des avis publics sur format papier dans les journaux de la province.
«Dans le contexte de la crise des médias qui affecte particulièrement les journaux, il s'agit d'un bien mauvais moment pour adopter un projet de loi qui priverait ces entreprises de revenus publicitaires annuels d'environ 20 millions de dollars, selon une estimation de l'éditeur du Courrier de Saint-Hyacinthe et président du conseil d'administration d'Hebdos Québec. Or, le déclin de la presse écrite n'est pas sans conséquence : selon le Bilan 2016 : État de la nouvelle, d'Influence Communication, les régions n'existent plus dans l'univers médiatique québécois. Si bien que 50 % de la population de la province n'entend presque plus parler de ce qui se passe dans leur région, de leur vie culturelle et de leur vie communautaire, de déplorer Pascale St-Onge, présidente de la FNC–CSN. Pour nous, il est également clair que le projet de loi 122 mine l'obligation de transparence des municipalités, ce qui nuit à la santé des institutions démocratiques sur l'étendue de notre territoire.»
«Cette nouvelle coupure dans les revenus des médias écrits accélèrera cette tendance marquée de fermetures des journaux régionaux. À cet égard, nous attendons impatiemment les interventions gouvernementales adéquates, dont une politique culturelle provinciale et des mesures fiscales concrètes lors du prochain budget provincial, afin de répondre aux problématiques criantes de cette crise profonde», a ajouté Mme St-Onge.