Photo : Alexandre Bellemare - Archives

Par voie de communiqué, le Collectif Virage, un regroupement de Lévisiens qui milite pour le développement d'une mobilité durable axé sur le transport collectif et actif dans la région, a critiqué, le 6 juillet, l'étude commandée par la Ville de Lévis concluant que le projet n'aurait que plusieurs retombées positives. Inquiet de voir la municipalité investir «des milliers de dollars dans une étude aux résultats prédéterminés», le groupe réclame une «évaluation objective du projet».

Rappelons que selon l'étude dévoilée par le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, à la fin juin, le produit intérieur brut (PIB) de la Capitale-Nationale monterait de 373,3 M$ annuellement et celui de Chaudière-Appalaches de 258,1 M$, à partir de 2032, grâce à l'implantation d'un troisième lien.

Dans son analyse, la firme retenue pour réaliser la commande, WSP, estime que le tout sera notamment possible grâce à l'augmentation de la productivité des travailleurs, en raison de la diminution de la distance et du temps de déplacement obtenues grâce à l'ouverture du nouveau lien interrives.

L'étude soutient également que le troisième lien permettra la décongestion des ponts Pierre-Laporte et de Québec, des économies sur les coûts d’exploitation des véhicules et sur la consommation de carburant, une diminution des taux d’accidents routiers, une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), un meilleur accès aux établissements d’enseignement et un meilleur accès aux établissements de santé entre les deux rives.

Le Collectif Virage soutient toutefois que l'évaluation cache «des réalités moins reluisantes». «Lorsqu’une firme mène une étude visant à mesurer les impacts d’un projet et qu’il n’en ressort que des avantages, personne n’est dupe : la conclusion était écrite d’avance. Il existe une multitude d’études démontrant les effets néfastes d’un ajout routier. Toutefois, quand la Ville préfère croire sa propre étude commanditée et voit le projet d’un seul angle, il y a lieu de s’inquiéter d’une dérive», a argué Jocelyn Tremblay, membre du Collectif Virage.

Transport en commun et étalement urbain

Également, le Collectif Virage déplore que WSP n'ait pas chiffré les avantages économiques, sociaux et environnementaux des voies réservées aux heures de pointe que le troisième lien aura. De plus, le groupe estime que la stimulation du développement immobilier de part et d'autre du tunnel, l'un des bénéfices du projet selon l'étude commandée par la Ville de Lévis, ou l'étalement urbain selon le Collectif Virage, soit considéré comme un avantage.

«À nos yeux, le développement immobilier et économique qui découlerait d’un éventuel troisième lien doit respecter les impératifs de notre époque en matière de gestion du territoire», a affirmé Pierre Bisson, un autre membre du Collectif Virage.

Un comparatif «qui ne tient pas la route»

Du même souffle, le regroupement a critiqué un exemple cité dans l'étude et souvent avancé par le maire de Lévis pour justifier la construction d'un troisième lien, le pont de Normandie au Havre en France. 

Selon le Collectif Virage, en 2020, l’achalandage sur le premier pont (pont de Tancarville) «était revenu au même niveau qu’en 1995, soit 18 000 véhicules par jour». Pour le groupe de citoyens lévisiens, cet exemple illustre que le troisième lien ne réglera le problème de congestion sur les ponts à l'ouest de Lévis que de «façon temporaire».

«Six milliards de dollars pour une solution temporaire, c’est cher payé. En pleine crise climatique mondiale, une telle solution est-elle acceptable? Dans une perspective de développement durable, nous répondons non», a soutenu M. Tremblay.

Autre étude demandée

Soutenant que l'appui envers le tunnel Québec-Lévis est fort dans la population comme il s'agit du seul projet «sur la table pour alléger la circulation automobile entre les deux rives» et que l'étude commandée par la Ville n'a pas abordé certains éléments, le Collectif Virage a partagé son souhait de voir la Ville de Lévis et le gouvernement provincial se «montrer plus sérieux, objectifs et transparents dans l'évaluation globale du projet».

«Pour le moment, on débat sur du vide», a conclu M. Bisson.

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